Ses conséquences pour aujourd’hui ?

Cette année, le 4 décembre 2023, nous fêterons les soixante ans de la Constitution sur la liturgie : Sacrosanctum concilium. Celle-ci est notamment marquée par deux axes : le retour à la célébration du Mystère pascal et le souci de participation de l’assemblée à l’action liturgique.

Célébrer le Mystère pascal

Les premiers articles du premier chapitre de la Constitution mettent d’emblée l’accent sur la célébration du Mystère pascal :

Cette oeuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu, à quoi avaient préludé les grandes oeuvres divines dans le peuple de l’Ancien Testament, le Christ Seigneur l’a accomplie principalement par le mystère pascal de sa bienheureuse passion, de sa résurrection du séjour des morts et de sa glorieuse ascension ; mystère pascal par lequel « en mourant il a détruit notre mort, et en ressuscitant il a restauré la vie ». (SC 5)

La liturgie est donc l’accomplissement de l’économie du salut, du plan de Dieu pour le salut du genre humain.

Le Mystère pascal est au centre de l’économie du salut et donne tout son sens à la suite de tous ces événements [l’appel d’Abraham, le passage de la Mer Rouge, la Loi au Sinaï, la préparation messianique de l’Ancien Testament ; puis l’incarnation, la prédication, la mort et la résurrection du Christ, son ascension, la Pentecôte, la fondation de l’Eglise, jusqu’au retour glorieux annoncé pour la fin des temps]. Il est donc au centre de la liturgie et se célèbre dans la triple et unique pâque annuelle, hebdomadaire et quotidienne.1

La participation de l’assemblée

Il s’agit d’un axe fondamental de Sacrosanctum concilium. Le texte de la Constitution y attache une importance toute particulière. Elle est au coeur de la liturgie restaurée de Vatican II2. Elle est la seconde partie du premier chapitre des principes généraux pour la restauration et le progrès de la liturgie :

La Mère Eglise désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui est, en vertu de son baptême, un droit et un devoir pour le peuple chrétien, « race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté » (1 Pierre, 2, 9 ; cf. 2, 4-5).

Cette participation, pleine et active de tout le peuple est ce qu’on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie. (SC 14)

  • Mgr H. JENNY, « Introduction » à Concile oecuménique Vatican II, Constitution de la sainte Liturgie, Paris, Centurion, 1963, p. 17.

2 Sur cette question de la participation de l’assemblée, voir le n° 241 de La Maison-Dieu, et plus particulièrement l’article de P. PRETOT, “Retrouver “la participation active”, une tâche pour aujourd’hui” (2005).

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Sans vouloir pointer tous les articles qui ont trait à cette participation active, citons encore celui-ci qui figure dans le chapitre deux qui traite du « mystère de l’Eucharistie » :

Aussi l’Eglise se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l’action sacrée. (SC 48)

Le chapitre VI de Sacrosanctum concilium

Le sixième chapitre de la Constitution est consacré à « la musique sacrée ». Nous nous proposons de le parcourir et de voir ce qu’il sous-entend et ses implications pour l’avenir.

Le premier numéro, SC 112, nous dit que « La tradition de l’Eglise universelle a créé un trésor d’une valeur inestimable ». Un accent est donc mis sur la tradition. Le Concile n’a jamais voulu rompre avec la tradition au contraire, il se dit « obéissant fidèle à la tradition » (SC 4), même s’il se veut être une restauration : « Il estime qu’il lui revient à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie » (SC 1). Il évoque aussi cette restauration dans SC 3 :

  • C’est pourquoi le saint Concile estime qu’il faut pour l’avancement et la restauration de la liturgie, rappeler les principes qui suivent et fixer les normes pratiques. » Cette même idée de restauration apparaît aussi dans SC 14 cité ci-dessus.

L’Instruction Musicam sacram reprendra cette même idée :

Les musiciens entreront dans cette nouvelle œuvre avec le désir de continuer cette tradition qui a fourni à l’Église, dans son culte divin, un héritage vraiment abondant. Qu’ils examinent les œuvres du passé, leurs types et leurs caractéristiques, mais qu’ils prêtent également une attention particulière aux nouvelles lois et exigences de la liturgie, afin que “de nouvelles formes puissent en quelque sorte se développer organiquement à partir de formes qui existent déjà”,[SC 23] et la nouvelle œuvre formera une nouvelle part dans le patrimoine musical de l’Église, non indigne de son passé. (MS 59)

Ce même numéro 112 attire l’attention sur le fait que le chant sacré est lié aux paroles. L’importance du texte est mise en avant. Cette même insistance figure dans le n° 121 qui traite de la création de nouveaux chants :

Les textes destinés au chant sacré seront conformes à la doctrine catholique et même seront tirés de préférence des saintes Ecritures et des sources liturgiques. (SC 121)

Ceci est à mettre en lien avec l’importance accordée à l’Ecriture dans l’ensemble de la liturgie :

Dans la célébration de la liturgie, la Sainte Ecriture a une importance extrême. C’est d’elle que sont tirés les textes qu’on lit et que l’homélie explique, ainsi que les psaumes qu’on chante ; c’est sous son inspiration et dans son élan que les prières, les oraisons et les hymnes liturgiques ont jailli (SC 24).

Un troisième élément qui apparaît dans le début de ce numéro 112, et qui a toute son importance pour définir le chant sacré, est le fait que celui-ci « fait partie nécessaire et intégrante de la liturgie

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solennelle » (SC 112)3. Le chant n’est donc pas un « décor » dans l’action liturgique : il en est constitutif. Et la suite de préciser qu’il exerce une « fonction ministérielle dans le culte divin » (SC 112).

Ainsi apparaît une nouvelle définition de la musique sacrée, qui n’est plus considérée comme un objet en soi :

C’est pourquoi la musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus suave, en favorisant l’unanimité ou en rendant les rites sacrés plus solennels. (SC 112)

Ceci permet de dire que la musique « dans » la liturgie devient une « musique rituelle » puisque la liturgie elle-même est un ensemble d’actions rituelles4. La forme de celles-ci est précisée dans SC

21 :

Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une action pleine, active et communautaire. (SC 21)

Nous voyons réapparaître l’insistance sur l’importance de la participation active.

Il faut aussi rapprocher cette clarté des rites avec la noble simplicité :

Les rites manifesteront une noble simplicité, seront d’une brièveté remarquable et éviteront les répétitions inutiles ; ils seront adaptés à la capacité des fidèles et, en général, il n’y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre. (SC 34).

Non seulement la musique sacrée doit être en connexion étroite avec la liturgie, mais elle doit aussi favoriser l’unanimité (SC 112). Le Concile attache aussi beaucoup d’importance à cette unanimité du peuple dans la célébration. Toute la célébration doit d’ailleurs concourir à l’unanimité de l’assemblée, symbolisée par la communion au même pain, lui-même symbole de l’unité.

Le texte de Sacrosanctum concilium le souligne plusieurs fois. La célébration commune « doit l’emporter sur leur [des rites] célébration individuelle et quasi privée » (SC 27). Ou encore :

Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Eglise, qui est « le sacrement de l’unité », c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques. (SC 26)

Ce même document rappelle que « la liturgie elle-même pousse les fidèles rassasiés des « mystère de la Pâque » à n’avoir plus « qu’un seul coeur dans la piété ». (SC 10).

Ainsi le chant dans la liturgie, par la participation active « interne et externe » doit contribuer à l’Edification de l’Eglise, le Corps du Christ. Cette fonction du chant est reprise dans Musicam

  • Concernant cet article 112, voir PH. ROBERT, “Un chant en connexion étroite avec l’action liturgique”, dans La Maison-Dieu, 312, Cerf, 2023, p. 9-28.

4 Sur cette question voir PH. ROBERT, “Le chant liturgique, un acte rituel”, dans Feu Nouveau 66/5, 2023, p. 8-12.

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sacram au n° 15 :

Les fidèles remplissent leur fonction liturgique en faisant cette participation pleine, consciente et active qu’exige la nature de la liturgie elle-même et qui est, en raison du baptême, le droit et le devoir du peuple chrétien (SC 14). Cette participation

  1. Doit être avant tout intérieure, en ce sens que par elle les fidèles joignent leur esprit à ce qu’ils prononcent ou entendent, et coopèrent avec la grâce d’en haut (SC 11).
  2. Doit être, d’autre part, externe aussi, c’est-à-dire montrer la participation interne par des gestes et des attitudes corporelles, par les acclamations, les réponses et les chants (SC 30).

Il faut aussi apprendre aux fidèles à s’unir intérieurement à ce que chantent les ministres ou le chœur, afin qu’en les écoutant, ils puissent élever leur esprit vers Dieu.

Ce numéro 112 de la Constitution se termine en soulignant que « la fin de la musique sacrée » est aussi « la gloire de Dieu et la sanctification des fidèles ». Cette phrase est à rapprocher de la fin du numéro 10, qui le dit pour l’ensemble de la liturgie :

C’est donc de la liturgie, et principalement de l’Eucharistie, comme d’une source, que la grâce découle en nous et qu’on obtient avec le maximum d’efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres oeuvres de l’Eglise. (SC 10)

Le numéro 7 de ce texte conciliaire parle également de la sanctification de l’homme :

La liturgie est considérée comme l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, exercice dans lequel la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et est réalisée d’une manière propre à chacun d’eux. (SC 7)

Et parmi ces signes sensibles figure bien évidemment le chant et la musique.

Avant de quitter ce numéro 112, il est bon de relevé également que « l’Eglise approuve toutes les formes d’art véritable, si elles sont dotées des qualités requises », c’est-à-dire celles que demande la nature de la liturgie.

Les décisions à la suite de l’article 112

De ce numéro 112 découlent un certain nombre de décisions dont voici la première :

L’action liturgique présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés solennellement avec chant, que les ministres sacrés y interviennent et que le peuple y participe activement. (SC 113)

Le chant tel que défini ci-dessus donne donc à la liturgie sa « solennité » et « une forme plus noble ». Encore faut-il définir cette noblesse, qui est à rapprocher de la « noble simplicité » mentionnée ci-dessus (SC 34). Cette noblesse suppose aussi que tous y participent selon son rang et sa fonction. Cela fait partie de la nature même de la liturgie :

Dans les célébrations liturgiques chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction,

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fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. (SC 28)

Célébrer dans quelle langue ?

Si l’on se reporte à SC 36, le Concile dit ceci :

L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins.

Mais de suite, le texte ajoute un second paragraphe qui relativise ce premier énoncé :

Toutefois, soit dans la messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi des la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple : on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants conformément aux normes établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas.

On voit ici encore l’importance de la participation active vivement souhaitée par les pères du Concile. Il fallait donc que la langue parlée soit compréhensible par les fidèles. Très vite, toute la liturgie fut célébrée en français même si les « originaux » sont en latin. Tous les textes feront l’objet d’une traduction assurée par les Conférences épiscopales et approuvée par Rome.

La question de la langue est à nouveau évoquée dans SC 54

On pourra donner la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec concours de peuple, surtout pour les lectures et la « prière commune », et, selon les conditions locales, aussi dans les parties qui reviennent au peuple, conformément à l’article 36 de la présente Constitution.

Ceci sera repris par Musicam sacram n° 47.

Cependant, et SC et MS ajoutent ceci :

On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble en langue latine aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent.

Peu de temps après le Concile, Rome a publié un petit recueil avec des chants latins que les fidèles devraient encore connaître5.

Ce numéro 54 se termine par l’évocation de la possibilité d’un usage encore plus large de la langue du pays, et dans ce cas, il devra se faire selon les normes établies par SC 40. C’est à dire que les autorisations sont dans les mains de la Conférence épiscopale du lieu.

Mais revenons à notre chapitre VI et plus particulièrement au n° 114, qui réaborde la conservation et le souci culturel du « trésor de la musique sacrée », surtout dans les églises cathédrales. Mais à

  • Voir le petit recuel Jubilate Deo, Chants grégoriens faciles qu’il convient que les fidèles puissent chanter dans l’esprit de la Constitution du Concile Vatican II sur la liturgie, Editions Vaticane, 1974.

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nouveau, cette déclaration est relativisée par la seconde partie du texte qui réévoque la participation active de l’assemblée :

Cependant les évêques et les autres pasteurs veilleront avec zèle à ce que, dans n’importe quelle action sacrée qui doit s’accomplir avec chant, toute l’assemblée des fidèles puisse assurer la participation active qui lui revient en propre, conformément aux articles 28 et 30.

On peut rapprocher ce texte de celui qui traite de l’usage de la polyphonie (SC 116). Elle n’est pas exclue de la célébration pourvu qu’elle s’accorde avec l’esprit de l’action liturgique conformément à l’article 30, à savoir celui qui traite des acclamations, répons, psaumes, antiennes…

Les numéros 16 et 9 de Musicam sacram renvoient d’ailleurs à ceux évoqués ci-dessus :

On ne peut rien trouver de plus religieux et de plus joyeux dans les célébrations sacrées qu’une congrégation entière exprimant sa foi et sa dévotion dans le chant. Par conséquent, la participation active de tout le peuple, qui se manifeste dans le chant, doit être soigneusement encouragée comme suit :

  1. Il doit comprendre en premier lieu les acclamations, les réponses aux salutations du prêtre et des ministres et aux prières sous forme de litanie, ainsi que les antiennes et les

psaumes, les refrains ou les répliques répétées, les hymnes et les cantiques.

  1. Grâce à des instructions et à des pratiques appropriées, les gens devraient être progressivement amenés à une participation plus complète, voire complète, aux parties du chant qui les concernent.
  2. Certains chants du peuple, cependant, surtout si les fidèles n’ont pas encore été suffisamment instruits, ou si des arrangements musicaux à plusieurs voix sont utilisés, peuvent être confiés au chœur seul, à condition que le peuple ne soit pas exclu des autres parties qui le concernent. Mais l’usage de confier au seul chœur le chant entier de tout le Propre et de tout l’Ordinaire, à l’exclusion complète de la participation du peuple au chant, est à déconseiller. (MS 16)

Aucun type de musique sacrée n’est interdit aux actions liturgiques de l’Église tant qu’il correspond à l’esprit de la célébration liturgique elle-même et à la nature de ses parties individuelles, et n’entrave pas la participation active du peuple. (MS 9)

La question du chant grégorien

Les défenseurs du chant grégorien ont d’emblée recours à l’article 116 de Sacrosanctum concilium qui sera repris dans MS 50. Que dit celui-ci :

L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place.

Il faut cependant prêter attention à la formulation « toutes choses égales d’ailleurs », qui signifie : si l’on ne tient pas compte des autres paramètres ! Et de suite après ce même numéro évoque

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l’importance de la participation active (voir ci-dessus).

Donc, comme l’usage du latin, de la polyphonie et « d’autres genres de musiques sacrées » (SC 116), l’usage du chant grégorien doit être mis en corrélation avec la participation active de l’assemblée prônée par le Concile.

Celle-ci est facilitée par l’usage du « chant religieux populaire » (SC 118). Il y avait déjà tout un passage consacré au chant populaire dans Mediator Dei (1947), Encyclique de Pie XII sur la liturgie6. Sacrosanctum concilium aborde ce domaine dans son numéro 118 :

Le chant religieux populaire sera intelligemment favorisé, pour que dans les exercices pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes, conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix des fidèles puissent se faire entendre.

Sur le style musical de ces chants, nous renvoyons au numéro 9 de Musicam sacram, cité ci-dessus. Rapprochons aussi cette ouverture à tous les styles de SC 123, qui concernent l’art sacré traité dans le chapitre VII :

L’Eglise n’a jamais considéré aucun style artistique comme lui appartenant en propre, mais, selon le caractère et les conditions des peuples, et selon les nécessités des divers rites, elle a admis les genres de chaque époque, produisant au cours des siècles un trésor artistique qu’il faut conserver avec tout le soin possible.

Avant de quitter ce chapitre VI de la Constitution sur la Liturgie, signalons encore que le Concile attache une grande importance à la formation musicale (SC 115) et qu’il édicte quelques « règles » pour la composition de nouveaux chants liturgique. Ceux-ci doivent aussi convenir « aux petites [Scholae cantorum] et favori[ser] la participation active de toute l’assemblée des fidèles. La Constitution insiste aussi sur la convenance des textes (SC 121).

L’Instruction Musicam sacram (1967)

On peut considérer ce texte comme un développement du chapitre VI de Sacrosanctum concilium. Il ne fut pas simple à rédiger7 !

On en retiendra surtout l’instauration de la répartition des chants liturgiques – on dirait aujourd’hui des chants rituels – en trois degrés.

  • On ne saurait, toutefois, exclure totalement du culte catholique la musique et le chant modernes. Bien mieux, pourvu qu’ils n’aient rien de profane ou d’inconvenant étant donné la sainteté du lieu et des offices sacrés, qu’ils ne témoignent pas non plus d’une recherche d’effets bizarres et insolites, il est indispensable de leur permettre alors l’entrée de nos églises, car ils peuvent l’un et l’autre grandement contribuer à la magnificence des cérémonies, aussi bien qu’à l’élévation des âmes et à la vraie dévotion.

Nous vous exhortons encore, Vénérables Frères, à prendre soin de promouvoir le chant religieux populaire et sa parfaite exécution, selon la dignité convenable, car il est apte à stimuler et accroître la foi et la piété de la foule chrétienne. Que montent vers le ciel, unanimes, et puissants comme le bruit des flots de la mer [Saint Ambroise], les accents de notre peuple, expression rythmée et vibrante d’un seul cœur et d’une seule âme, ainsi qu’il convient à des frères et aux fils du même Père.

  • Sur Musicam sacram, voir le numéro 290 de La Maison-Dieu, Le cinquantenaire de Musicam sacram (1967-2017), Cerf, 2017.

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Il faudrait aussi étudier en détail le chapitre intitulé : « Le chant dans la célébration de la messe ». Notons toutefois que ce texte parle encore de « Messe chantée » et de « Messe lue » ou « Messe basse » alors que le Missel de 1970 ne parle plus que de la « Messe avec peuple » et de la « Messe sans peuple », qui reste très occasionnelle.

La Présentation générale du Missel romain (1970)8

Ce texte donne des indications musicales pour chacun des chants de la messe. Celles-ci sont dans le prolongement du chapitre VI de la Constitution et de Musicam sacram.

Quels impacts ces documents ont-ils encore pour nous aujourd’hui ?

Il s’agit de trois documents officiels de l’Eglise concernant la musique sacrée et le chant dans la liturgie. Il convient donc de s’y référer pour le choix des chants.

Il ne faut pas se tromper de cible ! La liturgie en tant qu’action rituelle est là pour célébrer le Mystère pascal, c’est-à-dire notre propre mystère dans le Christ. Le chant et la musique sont au service de cette action rituelle, ils en sont même constitutifs. Ils sont au service de cette action rituelle et ils sont d’autant plus sacrés qu’ils sont en connexion étroite avec cette action rituelle (SC 112).

Depuis les années 1980, après la réflexion qui a été menée durant les années 1970, on parle de plus en plus de chant, de « musique rituelle des chrétiens »9. Il importe donc de relire les chants présents dans la célébration eucharistique comme des « chants rituels » au service de celle-ci.

Rappelons tout d’abord qu’il y a des chants qui accompagnent un rite et d’autres qui constituent eux-mêmes le rite.

L’important est aussi de se reporter au sens de ce qu’est une action rituelle, une action symbolique. Elle est un signe visible pour exprimer l’invisible ; elle est un acte audible pour exprimer

  • l’inouï » ! On peut donc se demander ce qu’expriment symboliquement les chants que nous utilisons dans la messe. Il faudrait pour cela reparcourir l’ensemble des chants de la célébration eucharistique avec cette visée, cet angle de lecture. Cela nous ferait voir que le chant rituel à recours à différentes formes qui ne se réduisent pas à l’unique « couplet-refrain », chacune de ces formes ayant sa propre symbolique. Beaucoup d’articles et de livres ont abordé cette question. Il faut s’y référer10.

Nous devons aussi garder à l’esprit le souci de « la participation active de l’assemblée », ligne de force de la Constitution sur la liturgie11. Bien évidemment, il ne faut pas confonde participation

  • Revue en 2008 pour la traduction française de la troisième édition typique de 2002.
  • Voir le Document Universa Laus I, 1980. Ce texte est commenté dans l’ouvrage de CL. DUCHESNEAU et M. VEUTHEY, Musique et Liturgie, coll. Rites et Symboles, Cerf, 1988.

10 Citons par exemple PH. ROBERT, Chanter la Liturgie, Editions de l’Atelier, 2000 ; J. Gelineau, Les chants de la messe dans leur enracinement rituel, Paris, Cerf, 2001; Ph. ROBERT, Chanter la Messe, Paris, Bayard, 2016. Sur les différentes formes de chant liturgique, voir PH. ROBERT, Joseph Gelineau, pionnier du chant liturgique en français, Turnout, Brepols, (2004).

11 Sur cette question de la participation active, voir le numéro 241 de La Maison-Dieu.

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active et activisme ! La participation active de l’assemblée implique une certaine ecclésiologie de la célébration de la messe12. N’oublions pas qu’il s’agit d’abord d’un peuple qui célèbre et qui « par lui, avec lui et en lui », travaille à son unité. Il y a aussi toute une réflexion à mener sur ce que l’on nomme « l’assemblée ».

Il faut donc aussi regarder les chants de la messe sous cet angle : quelle place donnent-ils à l’assemblée selon les moments de la célébration. On se souviendra de SC 30 et des degrés des chants instaurés par Musicam sacram. Cette « grille de lecture » nous donnera également des indications sur la place que doit occuper la polyphonie dans les chants rituels de la messe.

Un dernier point qu’il faut aussi souligner est le rapport entre le chant et le temps liturgique. Si la musique est « servante de la liturgie », elle doit aussi contribuer à « colorer » la célébration en rapport avec le temps ou la fête liturgique. La Constitution insiste aussi sur l’importance de respecter l’année liturgique13.

Parmi le chants du répertoire que nous établirons, il faudra que certains d’entre eux soient des

  • chant-signaux », des chants symboliques d’un temps ou d’une fête. Ils seront réservés à ces occasions.

On se rend compte aisément que procéder de la sorte pour le choix des chants demande une formation. Celle-ci est demandée par Sacrosanctum concilium (SC 115 ; n° 15-20), Musicam sacram (n° 24-25) et la dernière Instruction du pape François, Desiderium desideravi (n° 34 et sv.)

Une bonne connaissance de la « théologie de la liturgie » aidera sérieusement à choisir judicieusement les chants liturgiques, rituels, qui permettront à l’assemblée de participer activement à la célébration du Mystère pascal.

Philippe ROBERT

En la fête de saint Thomas, 3 juillet 2023.

Bibliographie

SNPLS, Musique et acteurs musicaux en liturgie, Cerf, coll. Guides Célébrer, 2014.

Dans cet ouvrage on trouve le texte de Musicam sacram.

L’art de célébrer la Messe, Présentation générale du Missel romain, Desclée-Mame, 2008.

CL. DUCHESNEAU, M. VEUTHEY, Musique et Liturgie, Le document Universa Laus, Paris, Cerf, coll.

“Rites et Symboles”, 1988.

J. GELINEAU, Les chants rituels de la messe dans leur enracinement rituel, Cerf, 2001

M. STEINMETZ, La musique : un sacrement ? La médiation de la musique rituelle comme lieu

théologique : une participation à l’épiphanie du mystère de l’Eglise, Parole et Silence, 2018.

  1. Voir PH. ROBERT, Chantre, musiciens, assemblée : la voix de l’Eglise. Conférence donnée dans le cadre du Colloque de l’ISL en janvier 2023 : La célébration de la liturgie : épiphanie de l’Eglise. A paraître.
  2. Voir le chapitre V de Sacrosanctum concilium : L’année liturgique.

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PH ROBERT, Chanter la messe, Bayard, 2016.

PH. ROBERT, Chanter la liturgie, Editions de l’Atelier, 2000.

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